Levy-Sergio Mutemba

Les nouvelles technologies feront-elles disparaître plus d’entreprises qu’elles n’en créeront? L’économie se résumera-t-elle à l’existence de quelques gagnants étant parvenus à se rendre maîtres de la technologie? L’analyse du gérant d’actifs américain Columbia Threadneedle, qui a le mérite de la froideur objective, a de quoi alimenter en arguments le segment anticapitaliste de la dissidence.

Dans son commentaire de marché sur l’impact de la technologie et des tendances démographiques sur les actifs risqués, Neil Robson, gérant marchés actions de Columbia Threadneedle Investments, rappelle tout d’abord que des entreprises seront capables de maîtriser la technologie pour en faire un avantage concurrentiel.

Le modèle de Joseph Schumpeter devenu réalité

Ces entreprises généreront à partir de cet avantage un retour sur capitaux investis (ROIC) et des rendements totaux élevés pour les actionnaires. «A mesure que la technologie devient une source plus influente en termes d’avantage concurrentiel et de ROIC, nous devons rester conscients de ses possibilités, des barrières à l’entrée pour les sociétés et de la capacité de ces dernières à maîtriser ces technologies», prévient Neil Robson.

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Source photo: Factor Daily

Pour qui il existe aussi le revers de la médaille au développement des nouvelles technologies. Selon Neil Robson, on ne peut s’affranchir de «tenir compte du modèle de destruction créatrice de Schumpeter» pour analyser ce revers.

Auteur de Les Cycles des Affaires, publié en 1939, Joseph Schumpeter a expliqué que, dans les sociétés capitalistes, les innovations chassaient inéluctablement les entreprises «dépassées», détruisant au passage une multitude d’emplois. «Si Schumpeter était d’avis que ce phénomène pouvait en définitive entraîner l’effondrement du capitalisme, ce qui ne s’est pas encore produit, les exemples de destruction, par la technologie, de sociétés et d’industries sont légion», souligne Neil Robson.

«Les journaux pourraient ne plus exister dans 20 ans, tout comme Blockbuster Entertainment a disparu parce qu’il n’était plus nécessaire de se rendre dans un magasin de vidéos pour louer des films», poursuit le gestionnaire de portefeuille. Du point de vue de l’investisseur, le risque est essentiellement psychologique ou cognitif.

Les limites de l’approche du retour à la moyenne

En période de forte correction boursière, celui-ci pourrait en effet être amené à appliquer par réflexe le principe du retour à la moyenne, selon lequel tout écart significatif des prix ou des rendements par rapport à leur moyenne finit par se résorber.

«À mesure que les entreprises sont détruites, les actionnaires peuvent se trouver aspirés dans une spirale baissière, en pensant systématiquement que chaque nouveau plus bas débloquera de la valeur», explique l’expert de Columbia Threadneedle.

«Mais au final il ne reste plus de trésorerie disponible, ni de bénéfice, ni d’activité. Le phénomène de retour à la moyenne peut être très trompeur durant une période de destruction créatrice», ajoute-t-il.

Au niveau des styles d’investissement, il peut inciter les investisseurs à faire ce qu’ils ont fait au cours des dix dernières années, soit pendant toute la période de politique monétaire ultra-accommodante. Période au cours de laquelle les investisseurs ont été incités à sous-pondérer les sociétés de qualité en plein essor au profit d’entités en grande difficulté ou très endettées.

Hausse attendue de 10% des bénéfices d’entreprises en 2018

«Nous tablons en 2018 sur une croissance d’environ 10% des bénéfices des entreprises, tout en reconnaissant que les valorisations ne sont pas bon marché». Dans le contexte d’une démographie en pleine mutation, Neil Robson insiste sur la nécessité pour les investisseurs et les entreprises «de bien négocier les virages technologiques».

En dépit de la surévaluation apparente du secteur technologique, Columbia Threadneedle se tourne vers lui «pour sa croissance plus rapide ainsi que pour son potentiel de croissance inattendue, que les cours ne reflètent pas encore». L’asset manager identifie en outre des sous-tendances capables de générer des rendements potentiels.

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Source photo: Autodesk

«Par exemple, nous savons que la recherche et le développement peuvent donner lieu à un avantage concurrentiel, et nous savons également qu’une grande partie des dépenses prévues de recherche et développement sur les cinq prochaines années est allouée au secteur technologique». La technologie fait ainsi toujours l’objet de la plus forte surpondération dans l’allocation de Columbia Threadneedle, bien que dans une moindre mesure depuis plusieurs mois.

Yahoo sera-t-il toujours en vie dans 10 ans?

Parmi les gagnants les plus évidents, figurent notamment Alphabet (Google), qui affiche une croissance composée de son chiffre d’affaires de 31%. D’après Neil Robson, il est très probable que le groupe parvienne à se maintenir numéro un des moteurs de recherche. Ce, alors que Yahoo n’ alloue qu’une petite partie de ces ressources dans la recherche et le développement.

10 ans de surperformance

Performances boursières de l’indice Nasdaq (^IXIC), Amazon.com (AMZN), Alphabet (GOOG), Facebook (FB) et Altaba/Yahoo (AABA).

Source: Yahoo Finance

Sous l’angle des valorisations, les estimations pour 2019 montrent que la trésorerie disponible générée par Google sera équivalente à 5% de sa capitalisation boursière (770 milliards de dollars). «Il s’agit d’un rendement sur flux de trésorerie disponible de 5%, une augmentation de 20% par rapport à 2018 sur une base annuelle. Est-ce onéreux?», questionne le gestionnaire de portefeuille.

Autres exemples, le groupe audiovisuel britannique ITV obtient chaque année 45 dollars de recettes publicitaires par homme, femme et enfant au Royaume-Uni, tandis que, rien qu’en Europe, le réseau social Facebook génère 26 dollars pour chaque utilisateur. «Ce qui signifie que pour atteindre le même niveau qu’ITV, le réseau social dispose encore d’une marge de croissance de 75% de son chiffre d’affaires.»

De son côté, le site de commerce en ligne Amazon voit son Amazon Web Services (AWS) enregistrer à lui seul un chiffre d’affaires de 20 milliards de dollars. En hausse de plus de 40% par an. Ainsi que des marges supérieures à 30%. «Le cloud est clairement un secteur en plein essor, car cette technologie devrait être de plus en plus fréquemment utilisée à l’avenir par les particuliers aussi bien que par les entreprises», précise Neil Robson.

Rédigé par Ondines Digitales

Une équipe de journalistes indépendants spécialisés dans la finance et l'investissement, accompagnant les bouleversements structurels des marchés des capitaux et du système bancaire suscités par la montée en puissance des technologies de stockage et de transmission de données décentralisées.

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