Levy-Sergio Mutemba

Les coûts réglementaires pour les banques sont tels que ce seul facteur a ramené le rendement de leurs fonds propres au simple coût du capital. D’après les chiffres relayés par le cabinet de conseil stratégique McKinsey, le secteur a dû faire face à une augmentation de 50% des coûts liés à la réglementation au cours des cinq dernières années.

Evolution of regulation risk costs 5 years

Dans une enquête publiée en octobre dernier par McKinsey, réalisée en partenariat avec l’Institut de Finance Internationale (Institute of International Finance, «IIF»), il ressort que 46% des gestionnaires du risque des banques interrogés s’attendent à une poursuite de la tendance haussière de ce type de coûts.

Parmi d’autres forces motrices poussant les établissements bancaires traditionnels à numériser ou digitaliser leurs infrastructures et leurs processus, le facteur réglementaire suscite la montée en puissance des entreprises de technologie financière (fintech) spécialisées dans les solutions liées à la réglementation. Autrement dit les «regulation tech» ou «regtech» que l’on pourrait traduire, par abus de langage, par «technologie réglementaire».

Des technologies permettant de réduire les coûts de la compliance ou de les répartir entre plusieurs acteurs de la branche: ces solutions sont appelées regtech

Dotées d’un modèle d’affaires non bancaire tout en offrant des services caractéristiques du secteur des services financiers, ces solutions regtech peuvent émaner d’organisations totalement indépendantes ou d’entités détenues en commun, par un acteur du secteur bancaire et un acteur du secteur technologique, et appelées «utilities». Elles ont pour fonction d’exécuter des tâches spécifiques et non différenciatrices. (À ne pas confondre avec les utilities désignant le secteur des «services aux collectivités», comprenant des sociétés telles que Vivendi, General Electric ou Deutsche Telekom).

C’est le cas du suisse Finform, un service commun né d’un partenariat entre la division financière de la Poste Suisse, PostFinance, et le fournisseur de logiciels et de solutions d’automatisation des processus, Axon Ivy, ce dernier étant le fruit d’un projet de recherche initié à l’Université de la Technologie (University of Technology) à Zürich.

Le respect de la loi coûte cher et ne rapporte rien

Plus tôt dans la journée, mardi 19 décembre 2017, le cabinet de conseil et d’audit Deloitte a ainsi annoncé un partenariat avec Finform offrant une solution de type regtech d’automatisation des procédures d’ouverture de compte des banques. La collaboration vise à simplifier les processus de compliance des prestataires de services financiers.

«La conformité est un aspect plus important que jamais», souligne Deloitte Suisse dans un communiqué. Précisant que cette conformité obligatoire est non seulement coûteuse mais n’offre aucun avantage concurrentiel. «Les prestataires de services financiers investissent donc davantage dans des solutions intelligentes offertes par les technologies modernes, permettant de réduire les coûts de la compliance ou de les répartir entre plusieurs acteurs de la branche: ces solutions sont appelées regtech», spécifie Deloitte.

Le potentiel de gain de temps n’est pas encore épuisé

Qui rappelle que, jusqu’ici, les possibilités d’application de solutions numérisées d’ouverture de compte («know your customer» ou KYC pour «connais ton client») étaient centrées sur des clients standards sans structures complexes, pour la plupart d’entre eux. Bien que ces solutions permettent de traiter une importante proportion de clients et de transactions (environ 80%), «le potentiel de gain de temps n’est pas encore épuisé», celui-ci étant estimé à 20%, selon le cabinet d’audit.

Toutefois, cette automatisation n’exige pas seulement un savoir-faire technique mais également une expertise dans le domaine réglementaire. «C’est ici que Deloitte entre en jeu», insiste le cabinet, dès lors que la solution Deloitte Managed Services (DMS) intègre le savoir-faire réglementaire du réseau Deloitte actif dans le monde entier, complétant ainsi la solution existante de Finform.

Du coup, la gestion du risque se numérise également

En automatisant le processus d’ouverture des comptes, Finform automatise ainsi une partie de la fonction de risque des banques. En créant Finform, Postfinance, l’une de grandes banques de détail suisses, a en effet reçu le mandat de «réduire considérablement les frais engendrés par l’ouverture de comptes» en permettant de «décharger autant que possible les banques des formalités de compliance».

«L’intégration de l’ensemble des réglementations dans le processus automatisé décharge les conseillers à la clientèle et améliore l’efficacité des activités de contrôle des collaborateurs chargés de la compliance», insiste Micha Bitterli, associé en charge de DMS. «Un processus d’ouverture facile contribue par ailleurs à améliorer la satisfaction client», affirme Micha Bitterli.

Pour le président directeur général (PDG) de Finform, René Oppliger, cette coopération «permet d’aller encore plus loin en matière de standardisation et d’automatisation des prescriptions de compliance applicables aux banques».

René Oppliger ajoute que «nous pouvons désormais compter sur les services de Deloitte dès que nous ne pouvons pas assumer la responsabilité du respect de ces réglementations». Il se félicite également du fait que les établissements financiers «ne seront bientôt plus obligés d’intégrer eux-mêmes à grands frais toute modification de la réglementation».

Pour mémoire, le DMS est une plateforme de conformité (compliance) par l’identification de toutes les conséquences des dispositions réglementaires pertinentes pour les prestataires de services financiers et l’élaboration de solutions répondants simultanément aux exigences de plusieurs réglementations. Elle a pour effet de réaliser des économies de coûts.

Solutions DMS de Deloitte
Source: Deloitte Suisse

Rédigé par Ondines Digitales

Une équipe de journalistes indépendants spécialisés dans la finance et l'investissement, accompagnant les bouleversements structurels des marchés des capitaux et du système bancaire suscités par la montée en puissance des technologies de stockage et de transmission de données décentralisées.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s