Dans un rapport d’Accenture publié l’année dernière, le cabinet de conseil en stratégie d’entreprise et en innovations technologique prédisait à juste titre la montée en puissance rapide des applications de l’investment banking basées sur la chaîne de blocs, cette technologie venant se superposer sur des processus existants (middle et back-office, par exemple) afin de les rendre plus efficaces, sans modifier en profondeur l’écosystème financier et bancaire existant. Or cette altération totale de l’écosystème pour créer un environnement entièrement basé sur la technologie de la chaîne de blocs est exactement ce qu’entend réaliser Olympus Labs.

Des crypto-actifs dans des millions de portefeuilles

Olympus Labs s’est fixé pour objectif de concentrer sur sa propre blockchain l’ensemble des produits financiers dérivés de crypto-devises. Une ambition qui devrait faire s’allonger la liste des classes d’actifs, en faisant des crypto-monnaies une catégorie de placements ayant sa place dans n’importe quel type de portefeuille.

Fondée en novembre 2017 par des vétérans de la banque d’investissement américaine Morgan Stanley et des anciens développeurs de Google, Olympus Labs ne souhaite pas moins que «placer les produits crypto-monétaires dans les portefeuilles de millions d’investisseurs». Tout est dit.

Olympus Labs ICO

Olympus Labs a ainsi clôturé dimanche 3 décembre un tour de table préliminaire (pre-ICO) de quelques jours avant le crowdsale officiel. Au total, les initiateurs du projet prévoient d’émettre 100 millions de Mount Olympus Tokens (MOT) contre des éthers (ETH), chaque ETH ayant une valeur nominale de 615 MOT.

Une masse de 40 millions de ces tokens sera levée via l’ICO officielle auprès du public, tandis que les 60 millions restant seront distribués parmi les fondateurs du projet, les premiers soutiens de la communauté de développeurs et des partenaires stratégiques contribuant à créer un effet de réseau. Cette stratégie consiste à s’assurer que ces derniers ne vendront pas instantanément leurs tokens une fois ceux-ci cotés sur une place de marché, exerçant de cette manière un effet baissier sur leur prix.

Ces tokens seront utilisés pour financer et développer l’écosystème Olympus Labs, constitué de cinq piliers, tous basés sur le protocole défini de la société. Une place de marché, un portefeuille Olympus, une chaine de bloc Olympus, un système de cryptage des données personnelles et un protocole interopérable commun pour les transactions portant sur les produits financiers.

Trois cents fois plus petit que le marché des actions

Dans son livre blanc décrivant la feuille de route du projet, Olympus Labs explique que sa raison d’être réside dans la taille limitée et la structure du marché actuel des crypto-monnaies. Un marché d’une capitalisation boursière de 250 milliards de dollars environ (fin novembre 2017). Contre une capitalisation 300 fois plus élevée de plus de 73,000 milliards de dollars pour le marché global des actions, 215,000 milliards pour celui des obligations, 217,000 milliards pour l’immobilier et 544,000 milliards celui des produits dérivés (contrats à terme, options et produits structurés).

Ces chiffres en tête, il devient facile d’envisager un potentiel d’expansion quasi-illimité des crypto-devises. «Nous pensons que le marché des crypto-monnaies peut devenir aussi développé que ces classes d’actifs», écrit l’ancien expert de Morgan Stanley, Kai Chen, CEO d’Olympus Labs.

Autre facteur de croissance de ce nouveau marché: la nature exclusivement «spot» (au comptant) du marché des crypto-monnaies (bien que plusieurs produits baissiers viennent de faire leur apparition). Cette situation empêche les investisseurs de se positionner autrement qu’à la hausse à moins de se séparer des crypto-monnaies détenues en portefeuille. Ces derniers sont donc totalement dépourvus de protection contre les chutes brutales des cours.

De plus, le coefficient de corrélation des crypto-monnaies tend vers «1» en période de correction. Les investisseurs sont entièrement exposés au seul risque systématique, la diversification par la sélection individuelle de crypto-monnaies afin de s’exposer à leurs risques spécifiques, au cas par cas, est donc vaine. «Pour l’instant la seule stratégie viable consiste à acheter, attendre et prier», ironise Kai Chen.

Permettre la gestion du risque par les crypto-monnaies

Sans dérivés de crypto-monnaies, la gestion du risque est impossible. Des cas concrets l’illustrent. Jusqu’à tout récemment, il n’était pas possible de participer à une ICO sans se séparer de ses Bitcoin, par exemple. Olympus Labs offrira ainsi des produits permettant de collatériser ces derniers afin d’accroître l’exposition allouable.

Impossible également de capitaliser un flux de revenus à partir des crypto-monnaies. L’écosystème d’Olympus fournira des contrats intelligents permettant aux investisseurs de prêter leurs BTC ou leur ETH contre intérêts et avec la garantie de récupérer 100% du nominal. Le projet prévoit également le développement de smart contracts spécialisés dans le hedging et la couverture de positions permettant de protéger la valeur des crypto-monnaies contre les fluctuations de prix.

Des produits permettant de profiter de la baisse des cours seront également accessibles, de même que des indices répliquant le marché crypto-monétaire dans son ensemble. Une fois activés, tous ces contrats autonomes exécuteront automatiquement les stratégies d’investissement préprogrammées, sans vérification manuelle, sans aucun document physique (la paperasserie du back-office). Les frais opérationnels liés à l’exécution des stratégies devraient donc être infimes par rapport à ceux des banques d’investissement et des gérants de fortune traditionnels.

L’absence de tiers de confiance, tel qu’un État, une banque centrale, un courtier et autres professionnels réglementés, réduirait également le risque de contrepartie et, par conséquent, les coûts généralement inhérent à l’évaluation de ce risque. Comme le souligne Thibaut de Lajudie, associé du cabinet de conseil en organisation et management Ailancy, en France, la confiance «n’est plus incarnée» mais repose entièrement sur des règles protocolaires prédéfinies.

De l’effet de levier mais sans appel de marge

Cette réduction notable du risque de contrepartie s’illustre notamment dans les produits à effet de levier sans appel de marge qu’offrira Olympus. Il convient de rappeler qu’un contrat autonome, contrairement à ce que peut laisser entendre son appellation, n’est pas un contrat. Mais un actif à valeur d’usage (ce qui le distingue par ailleurs du titre financier) imitant le mécanisme d’un contrat tel qu’une option. Dans le cadre d’une opération de vente à découvert, le smart contract se comporte comme si l’investisseur avait emprunté les fonds servant à couvrir sa position.

Sous cette perspective, un parallèle peut être dressé avec les warrants et les produits knock-out tels que les mini-futures, qui sont des options et des contrats à terme préfabriqués, «packagés» ou «clés en main» si l’on puit dire. Leur négoce ne nécessite en effet aucune mobilisation de capital supplémentaire servant à couvrir une position. En cas d’évolution défavorable, lorsque, par exemple, des barrières knock-out sont touchées, ces produits expirent automatiquement, la perte se limitant strictement au montant investi.

La collaboration entre programmeurs sera un facteur déterminant du succès du projet. Olympus Labs incitera donc les développeurs à rejoindre son écosystème avec, s’ils le souhaitent, leurs propres kits de développement logiciel. Plus ces derniers étofferont l’offre de produits, plus la taille de la communauté des participants augmentera. Cette collaboration sert également à accélérer le cycle de création des produits, depuis la phase initiale du concept jusqu’à celle de leur mise sur le marché.

Les rendements des crypto-monnaies les plus élevés depuis leurs ICOs respectives
icostats.com

Comme chacun le sait, la vague des ICO a pris une tournure qui dégage les odeurs habituelles que laisse toute bulle spéculative. Néanmoins, le récent changement d’attitude de la part des régulateurs des marchés des capitaux est plus que parlant. En consentant désormais à étudier la possibilité de généraliser ou standardiser le trading et l’investissement financier de crypto-actifs sur les plateformes d’échanges traditionnelles, ces régulateurs admettent l’inéluctabilité du phénomène bitcoin.

Une façon d’acquiescer à un phénomène que rien ne peut arrêter du fait des fondamentaux qui le sous-tendent, à savoir la valeur d’usage concrète des actifs numériques que permet la technologie blockchain. Une telle puissance en formation, même celle-ci ne pèse pour l’instant pas plus que ce que pèse une seule entreprise cotée du S&P 500 (en termes de capitalisation boursière), est là pour durer. La blockchain, pour ainsi dire, n’a pas besoin du régulateur autant que le régulateur a besoin de la blockchain. Qu’il vaut mieux avoir comme alliée que comme adversaire.

Une ICO structurée pour la stabilité des cours

L’avantage (au moins théorique) d’Olympus Labs réside, comme nous l’avons souligné précédemment, dans l’équipe directrice du projet, c’est-à-dire d’anciens banquiers d’affaires et d’investissement rompus aux techniques bancaires, ainsi que des développeurs non moins compétents dans leur domaine. Citons le CEO et co-fondateur d’Olympus Labs, Kai Chen, qui a travaillé pour Morgan Stanley, le fonds obligataire PIMCO et le cabinet de conseil stratégique McKinsey.

Olympus Labs ICO - Distribution
Olympus Labs (white paper), 2017

Sebastian Monzon, le senior vice president (SVP) en charge des opérations, est diplômé des sciences politiques et son intérêt réside dans l’application des technologies pour la résolution des problématiques sociales. Une bonne part des membres de la direction sont des anciens étudiants de Yale et/ou ont côtoyé de près ou de loin des entreprises telles que Facebook, Mozilla, Accenture et JP Morgan. Si la réputation n’est, certes, qu’un signal superficiel quant à l’intégrité morale et les compétences d’une équipe de management, elle n’en demeure pas moins un signal.

Enfin, la stratégie de l’ICO d’Olympus se traduit par une large part (la majorité avec 60%) de tokens distribués aux investisseurs stratégiques dont on peut être quasi certain qu’ils se placent sous une perspective de long terme. D’autant que ces tokens ne seront pas distribués d’un seul coup mais dans le temps, dissipant d’éventuels soupçons d’enrichissement personnel de très court terme aux dépens des souscripteurs du crowdsale.

Rédigé par Ondines Digitales

Une équipe de journalistes indépendants spécialisés dans la finance et l'investissement, accompagnant les bouleversements structurels des marchés des capitaux et du système bancaire suscités par la montée en puissance des technologies de stockage et de transmission de données décentralisées.

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